« Allô Maman ? Je suis rue Kuparkowska… »

Parvenez-vous à imaginer Alain Finkielkraut crier d’une voix tendre et mal assurée « Allô Maman ? », frissonnant dans le froid de la ville de Lvov, en Ukraine ? Sans doute pas. Le prêcheur de notre époque, ce grand Cassandre qui fonce tête baissée dans la mêlée pour assommer et défaire les dogmes et les interdits qui empoisonnent et tuent lentement l’esprit français, n’a pas, d’emblée, l’image du fils aimant, du mari admiratif et du père complice. Et pourtant.

Des amis qui le connaissent m’avaient déjà décrit un personnage étranger dans la société de l’iPhone et de Twitter, mais doté d’un humour remarquable et d’une grande bonté. Le documentaire d’Ilana Cicurel, paru récemment, en fait le portrait et, pour ainsi dire, complète ce personnage que nous ne connaissions alors qu’au travers de son style oratoire flamboyant, comme un livre lancé lui-même dans une scansion tragique (en l’occurrence, celle de la chute anti-héroïque de la France ?…). Il faut le dire, cette quasi intrusion dans l’intimité du philosophe le rend émouvant et attachant et explique bien ce personnage qui, comme le dit Milan Kundera, n’a jamais eu de vision stratégique, toujours prêt qu’il était à saisir au vol la moindre question et à s’y jeter corps et âme… On découvre le Finkielkraut qui regarde le foot avec un vieil ami, qui prépare ses notes pour l’émission Répliques sur France Culture, qui échange des piques avec Élisabeth de Fontenay…

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Remerciements au Nouveau Réactionnaire sur le site duquel j’ai découvert cet excellent documentaire.

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3 réflexions sur “« Allô Maman ? Je suis rue Kuparkowska… »

  1. Passage émouvant certes.
    Mais vous êtes vraiment optimiste sur lui et le contexte dans lequel il évolue. Finkiel est presque seul et de plus en plus. Répliques est certes une bonne émission mais il aura manqué à la france un « firing line » et un William Buckley. Il est bon mais face à des gens tel que Badiou il a clairement manqué de punch et d’énergie, il était possible de le démonter sur le fond sans transformer le débat en foire d’empoigne. Comparez ça avec la confrontation Buckley vs Chomsky qui est d’une nature toute différente. Tout est là. Si j’étais pessimiste je lui prédirais un pétage de plomb comme victor Strum dans Vie et destin de V.Grossmann.

    Quand on demandait à Lucien Rebatet quelle était sa pire crainte, il répondait « être considéré comme faisant partie du monde littéraire ». La pire chose qui pourrait arriver à Finky serait de devenir un nouveau Raymond Aron, plus intéressant certes, mais définitivement piégé.

    Pas mal votre blog sinon.

  2. @ Rorschach

    J’ai été touché par ce reportage pour les raisons que j’expose brièvement dans l’article mais je ne suis pas optimiste. La comparaison avec Aron me semble hélas pertinente : on peut tout entendre d’un littéraire, tant qu’il reste un littéraire… Après, il est et restera une référence intellectuelle riche pour des gens qui adopteront plus la stratégie de William Buckley (s’il y en a).
    Et il faut aussi que je regarde/lise pour de bon les débats Finkie/Badiou. ça vaut le coup ? Vraiment ? J’ai déjà essayé de me farcir une conférence de Badiou, j’ai arrêté YouTube au bout de quelques minutes…

    PS. Merci, par ailleurs, pour votre « appréciation ».

  3. Vous avez raison, un débat dont le contenu est déjà connu n’a guère d’intérêt, moi même je n’ai visionné que la moitié.
    Une précision : je ne reprochais pas à Finkie de ne pas être un Buckley français mais de jouer sur plusieurs tableaux en même temps ce qui le dessert. Avec répliques, il invite des gens pas forcément connus et ayant une autre vision des choses (je pense à l’émission sur Lévi-Strauss) mais en même temps, il est dépendant de la machine médiatique française. La campagne de presse lancée contre lui en 2005-2006 ou même en 2007 a bien montré que si les mandarins voulaient le détruire, ils le feraient. Par des accumulations d’insinuations et ce au nom de la tolérance et de l’esprit fraternel. Porter une parole différente mais être bien inséré dans la grille médiatique, ce qui le rend d’autant plus vulnérable.

    A 25 ans Buckley avait déjà compris que la déréliction menaçerait les USA et qu’il valait mieux anticiper pour préparer la contre-attaque. Cf son premier ouvrage God and man at Yale. A 25 ans Finkie enseignait la littérature française à Berkeley si je ne me trompe pas.

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