They got a crush… on Obama

Si vous ne connaissez pas encore le blog Obamazoom, je vous conseille de vous y rendre en courant. Il vaut le détour. Hébergé par le Figaro, ses rédacteurs sont Véronique Saint-Geours, ancienne conseillère de Jack Lang, et Jean-Sébastien Stehli, rédacteur en chef de Madame Figaro.

Le but de ce « blog invité » est d’analyser « son  action (celle de Barack Obama, ndmm), celle de son administration et son influence sur la société américaine. » Tout un programme tempéré d’emblée par le statut déclaré d’ « observateur engagé » et de « décrypteur subjectif », formules bien pratiques qui autorisent les auteurs à quitter les sphères de l’analyse critique au profit de la caricature propagandiste. Et on n’est pas déçu.

Dès la campagne présidentielle de 2008, on pouvait critiquer le choix automatique de la presse française en faveur de Barack Obama. Les raisons étaient claires :

  1. Après huit ans d’une administration Bush honnie, la seule alternative était une victoire démocrate. Cette assertion, compréhensible quoique discutable dans son postulat de départ, ignorait le rôle essentiel que jouent les primaires dans la démocratie américaine. Le système a beau être bipartisan, le GOP et le parti démocrate regroupent de nombreuses tendances parfois mortellement opposées. McCain n’était pas George W. Bush. Obama n’était pas John Kerry.
  2. Le racisme à l’envers (c’est-à-dire le recours à une discrimination fondée sur la couleur de peau ou l’origine ethnique mais servant à établir une opinion « positive ») autorisait à s’enthousiasmer de la victoire d’un noir, parce qu’il était noir. Chose compréhensible pour les Etats-Unis quoique injustifiée et qui a vite mené à l’équation : opposant à Obama = raciste. Dans le même registre, Lilian Thuram avait publié un livre intitulé Mes étoiles noires, sur les grands hommes noirs, afin, prétend-t-il, de lutter contre le racisme et l’intolérance. Imaginez un instant que Laure Manaudou publie Mes étoiles blanches

C’est, je crois, sur ces deux postulats branlants que repose la « pensée » critique de Saint-Geours et Stehli. De l’analyse engagée, il n’ont gardé que le côté engagé voire enragé, et ont fait de leur blog un temple de l’obamalâtrie la plus grotesque.

Soutenir coûte que coûte Obama n’est pas grotesque en soi. Adhérer à sa politique étrangère inquiétante, à sa politique économique étatiste, à ses grands discours et à son style présidentiel est criticable, comme toutes les opinions, mais pas ridicule per se. Encore faut-il que les arguments utilisés soient à la hauteur de la tâche (montrer en quoi Barack Obama est un bon président des États-Unis) qui, aujourd’hui, pourrait être inscrite au nombre des travaux d’Hercule. Ceux retenus par Saint-Geours et Stehli sont ne répondent pas à ces exigences. Quelques exemples :

Sur la marée noire, les rédacteurs ont mis en cause l’administration Bush qui aurait « préparé » la catastrophe en nommant des hauts fonctionnaires liés aux intérêts pétroliers. Avec pour argument choc, le fait qu’Halliburton, société au sein de laquelle siégeait Dick Cheney, ait touché des honoraires pour tenter de boucher la fuite… Tout ceci alors qu’il est de plus en plus clair que Barack Obama a mal géré la crise (refusant de l’aide étrangère et tardant à lever le Jones Act), voire a joué le pourrissement pour se poser en grand combattant de l’industrie pétrolière.

Mais c’est sans doute à propos du mouvement Tea Party, né de la contestation de la réforme de la santé, que les deux compères ont atteint les cimes de la mauvaise foi. « En réalité, il s’agit, pour un groupe de petits blancs qui se sentent propriétaires du pays, de reprendre le pays qu’ils estiment leur avoir été volé. Ce groupe de partisans de la Kristallnacht aux petits pieds savent que les chiffres sont en leur défaveur (…) », écrit sans honte Jean-Sébastien Stehli à propos des tea-partiers. Le directeur de Madame Figaro va plus loin et reprend à son compte les accusations infondées du chroniqueur de MSNBC Keith Olbermann, affirmant que « les adeptes de ce mouvement ridicule (…), le Tea Party, ne comptent pas un seul élément noir », ce qui est faux (et, comme le fait remarquer un commentateur du blog, non seulement il y a des personnalités noires au sein du Tea Party, mais, comble de l’hypocrisie, le staff TV d’Olbermann est en revanche blanc, très blanc).

Évidemment, nul commentaire de fond sur la réforme de la santé elle-même. Il suffit, pour nos bobos de la côte est, d’asséner et de marteler le leitmotiv sur les 32 millions de nouveaux assurés et de laisser entendre que les opposants sont soit des racistes (on l’a vu), soit des égoïstes éhontés. C’est dommage, alors que cette réforme tend à rapprocher le système social américain des États-Providence européens dont on constate aujourd’hui à la fois le déséquilibre structurel et la dangereuse inertie.

Également dans le collimateur des deux blogueurs (notamment Stehli, qui est de loin le plus coriace), Rand Paul, fils du très libertarien membre du Congrès pour le Texas Ron Paul, dont ils déforment volontairement les propos (comme l’ont fait, d’ailleurs, les commentateurs américains de gauche) : défendant une version sans concession de la liberté, le candidat républicain avait affirmé que les lois interdisant les discriminations pour les personnes privées constituent une atteinte aux droits fondamentaux de libre choix et de libre arbitre. Cette position se traduit illico pour Saint-Geours, Stehli & Co. comme une approbation implicite des discriminations et du racisme… témoignant ainsi de leur sordide manque de subtilité et de leur croyance selon laquelle la morale procède uniquement de la loi.

Obamazoom est une caricature. Il reproduit, en forçant le trait, le prisme à travers lequel la presse française a décidé de lire la société américaine. Il y a deux camps : les démocrates, supposés cultivés, attachés au progrès et à la paix, et les républicains, incultes, ploucs, racistes et égoïstes. Le problème est qu’il y a, sous cette lecture, un discours politique clair : le conservatisme et les principes libéraux sont des lubies de red-necks. L’intelligence serait ailleurs, chez le tenants du « social », de la « solidarité » et du multiculturalisme comme seules valeurs occidentales encore dignes d’être défendues.

Dieu merci, les auteurs de ce blog, qui croient pouvoir passer pour des experts politiques américains en parlant de 44th, Potus et Prez (trois surnoms « institutionnels » de Barack Obama), défendent très mal leur cause. À en croire les nombreux commentaires outrés qui poussent sous leurs billets, leur lectorat n’est pas complètement dupe. Tant mieux.

* * *

Maintenant, une autre version de l’obamalâtrie, par une jeune new-yorkaise surnommée Obama Girl, et dont le plaidoyer pour le président démocrate est… plutôt convaincant.

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