L’histoire de l’art, de Duchamp à Pink Floyd

Être encore assez jeune permet d’avoir des petits frères et soeurs qui sont encore au collège et donc des taupes fiables dans le système éducatif français. Puisque les programmes changent avec rapidité d’une refondation de l’école à une autre, on n’est jamais trop au fait des dernières méthodes d’enseignement ou contenus utilisés dans les classes. Petit résumé de ma dernière trouvaille.

Suivant une réforme qui doit dater de l’ère Sarkozy, les collégiens sont interrogés à la fin de l’année, dans le cadre d’une épreuve orale, sur l’histoire de l’art, à partir d’une liste d’oeuvres vues en cours. Contrairement au bac de français qui a lieu en fin de 1ère, l’histoire de l’art n’est pas une discipline assurée par un professeur identifié mais une matière transversale impliquant les cours de musique, de français, d’arts plastiques et même de géographie (pour ne citer qu’eux). Cela explique le peu d’entrain des professeurs qui, dans le cas que j’ai pu observer, se sont contentés de distribuer des « fiches » mêlant explications et questionnaires que les élèves remplissent en classe, parfois sans aller au bout…

Le pire dans cette histoire n’est pas l’apparente indifférence des professeurs à l’égard de ces travaux dont les résultats seront évalués au brevet des collèges qui a lieu en fin de 3ème. Bien plus grave : l’histoire de l’art commence, au mieux, à la fin du XIXème siècle et s’étale allègrement au XXème siècle. Et le mode de sélection semble avoir privilégié les « oeuvres » les plus hermétiques et, je dirais, les plus anecdotiques.

La Joconde détournée par maints artistes tient une place de choix dans ce panel absurde. Duchamp est porté aux nues. La « désacralisation » est montrée comme l’alpha et l’oméga de la sensibilité artistique (sans comprendre pourquoi Mona Lisa pourrait être « sacrée »). L. H. O. O. Q. : voici sans doutes les seules lettres que retiendront les malheureux élèves.

Certains aspects de l’histoire des arts ont été abordés, il est vrai, tout au long du collège, notamment grâce aux cours d’histoire. Mais un tel intitulé aurait mérité qu’on s’y intéressât plus en profondeur. Quitte à restreindre le programme et à laisser Duchamp, Warhol et le dadaïsme en annexes… Que sauront ces collégiens des maîtres italiens de la Renaissance ? Du classicisme louis-quatorzien ? Que sauront-ils du romantisme en peinture ? Des sculptures tourbillonnantes du Bernin ? Des difficultés des impressionnistes quand ils étaient « refusés » par les tenants d’un certain académisme ? Rien.

La seule chose qui demeurera sera un abêtissement collectif. Les élèves, qui sont en plein dans l’âge où l’intérêt pour les choses un peu relevées est socialement méprisé et combattu, n’éprouvent absolument aucun intérêt pour cette matière et rangeront « l’histoire de l’art » dans l’immense classeur des choses qu’ils trouvent « saoulantes », se contentant d’apprendre par coeur sans comprendre…

Ma soeur a bien compris l’exaspération qu’inspire ce programme ridicule et inepte. Au point de railler elle-même cette tendance au moins-disant intellectuel manifestée par les pédagogues de l’Éducation nationale :

Tu verras, bientôt il y aura Rihanna. Et Lady Gaga. Avec la liste de ses tenues de scène.

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