Si c’était une négo…

Je cèderais volontiers un simili-mariage en mairie avec les fleurs, le riz et le vin d’honneur, contre une renonciation saecula saeculorum à l’adoption par les couples de même sexe.

Puisque désormais les chances que cette nouvelle loi Taubira (aura-t-elle la palme des lois calamiteuses ?) soit adoptée frisent les 99%, majorité et promesse de campagne obligent, autant jouer cartes sur tables. Le grand débat n’aura pas lieu.

Plaçons-nous, dame Taubira et moi, à une table de restau, avec un Ribera del Duero un peu râpeux pour maintenir dans nos palais le sérieux de notre discussion et un grand saladier plein à ras bord de Monaco Belin. Et supposons que nous avons tout intérêt à trouver un compromis car un échec nous causerait à chacun un grand dommage (inutile de préciser lequel, c’est une fiction). Le sujet, c’est le pack « mariage + adoption plénière ». Dame Taubira veut tout, moi je ne veux rien donner : ce sont les positions de principe.

Je ne transcrirai pas ici le dialogue fictif que nous pourrions avoir. D’expérience, il me faut plus d’un mois dans un pays exotique à me faire arnaquer comme un bleu par des chauffeurs de taxi pour que je commence à valoir un petit quelque chose en négociation. Je me vois mal, dans ce contexte, raconter une brillante passe d’armes entre diplomates chevronnés (pour cela, il faut s’adresser à Francis Walder).

Venons-en plutôt à ce que serait la dernière ligne, celle où la garde meurt ou se barre en courant mais ne se rend pas, le point où l’on préfère les grands dommages de l’échec à la dureté d’un accord négocié. Cette ligne, c’est celle que l’on peut, en théorie, tracer entre le mariage et l’adoption. « Qu’ils se marient pourvu qu’ils n’adoptent pas », lancerait Caligula.

Je suis prêt à le lâcher, ce beau nom de mariage, à accepter ce qui, à mes yeux me paraît aussi improbable que risible. Et pas de gaieté de cœur. Je ne cèderais ce terrain après l’avoir âprement défendu. Je dirais à dame Taubira que le mariage a un autre rôle que la reconnaissance sociale de l’amour, qu’il est, de loin, l’institution sociale personnelle la plus solide pour protéger les enfants des remous du dehors. J’aurais à l’esprit aussi les inquiétudes formulées par le cardinal Barbarin : si les unions « matrimoniales » (OMG, that word is, like, sooo XXème siècle !) ne reposent plus que sur le consentement et la volonté, alors on s’exposera à devoir reconnaître des associations baroques et absurdes à côté desquelles un couple homo passerait presque, y compris aux yeux de l’Église, comme l’expression d’un classicisme à la limite du ringard.

Mais les arguments viendraient à me manquer : quand tant d’enfants naissent hors mariage, que des couples hétéros se pacsent, que l’on divorce pour un oui ou pour un non… Après tout, si l’idée de mariage comme union sacrée protégée du consumérisme ambiant n’est qu’une lubie catholique, alors pourquoi ne pas se contenter des mariages religieux et se débarrasser du mariage civil ? C’est triste. Surtout quand on se rend compte que, justement, pour certains athées le mariage traditionnel n’est pas qu’une créature de l’Apostolique et Romaine mais bien une institution « supérieure ».

Henry Le Barde semble lui aussi à deux doigts de se retirer de la bataille. Sans aucun enthousiasme. Mais oui, je cèderais sur ce point, à une seule condition : ne pas autoriser l’adoption. C’est ce qui me tient le plus à cœur.

Avec cette nouvelle loi Taubira, on s’apprête à faire œuvre d’alchimie psycho-morale pour de pures raisons égalitaires et idéologiques sans avoir la moindre idée des conséquences sur les enfants. L’alliance rose-verte, ô combien à cheval sur le principe de précaution quand il s’agit de protéger l’environnement, devient carrément prométhéenne et expérimentale en matière de morale. Or on ne sait pas s’il est sain pour un enfant d’être élevé par deux pères ou deux mères. « Oui mais les études prouvent que… » Elles ne prouvent rien, les études ! « Que dalle !« , comme dit Koz, qui l’a très bien expliqué ici. On n’en sait rien du tout. Tout ce que l’on sait c’est que deux parents hétérosexuels qui élèvent leurs enfants, c’est ce qui a dominé au cours de siècles derniers, et ce sans trop de problèmes.

Par ailleurs, on ne joue pas avec les enfants comme avec des souris de laboratoire. On ne teste pas un type de parentalité, on ne démocratise pas la paternité/maternité comme les institutions politiques, bref on ne prend pas de risques, on met son idéologie de côté et on agit avec précaution. Or c’est tout le contraire de la précaution qui s’affiche aujourd’hui. Deux arguments « coup de poing » sont pourtant eux-mêmes frappés du sceau de l’imprudence :

D’abord, la méthode « tranquille », à la sauce : « Vraiment, je vais être honnête avec toi, je ne vois pas où est le problème. » Les exemples sont légions où les problèmes les plus graves liés à une décision ne sont apparus qu’après que celle-ci a été prise. Cela va de l’amiante à la guerre en Irak. Dans certains cas on peut, certes, décider de passer outre, en estimant que l’on pourra faire front et combattre les difficultés. Pas quand il s’agit d’enfants.

L’autre argument, c’est celui qui se formule comme « moi, je pense qu’un enfant a surtout besoin de… » et qui revient sur le fond à écarter comme accessoire la différence de sexe entre les parents. Hélas il s’agit là d’une perversion du processus démocratique qui consiste à penser que la majorité des opinions (« moi je« ) constitue évidemment le bon choix, même quand les principaux intéressés n’ont aucun poids dans la balance. Or la définition de la parenté (ou de la parentalité ? je m’y perds) et de la filiation n’est pas du ressort de l’opinion. Elle est d’une telle complexité pour les citoyens-électeurs que nous sommes (mais aussi, sans doute, pour les meilleurs pédopsychiatres) qu’encore une fois, l’attitude la plus prudente serait de se dessaisir de la question et de préférer un statu quo peut-être inadéquat mais, en l’occurrence, peu risqué.

Alors il n’y aura sans doute pas de vrai débat. Les médias s’évertueront à présenter les choses de façon complètement binaire : on nous montrera le camp du Progrès en guerre contre des dingues comme l’Institut Civitas. Ils déformeront les propos des opposants, créant des buzz idiots comme le cardinal Barbarin l’a déjà appris à ses dépens. L’intolérance battra son plein et dans dix ans, ceux qui ne se seront pas conformés à l’air du temps seront méprisés comme ceux qui, aujourd’hui, ne confessent pas leur adoration de l’IVG…

« Un autre Ribera del Duero, por favor.« 

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Si vous n’avez plus soif, je vous recommande cet autre billet de Koz.

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