Laïcs dans l’Église

Il y a un sujet dont j’ai souvent l’occasion de discuter avec mes amis, en particulier quand l’Église est secouée par divers scandales médiatiques : qu’ont à faire les laïcs catholiques dans tout ça ?

Bien souvent l’on arrive à la conclusion, frustrante, que rien dans l’Église ne peut se faire sans être décidé par des prêtres, ou au moins des personnes consacrées : le cœur organisationnel d’une paroisse, de la hiérarchie ecclésiale dans son ensemble, ce sont des prêtres, du curé au pape. Souvent cité est l’exemple de la Curie romaine, où tous les postes sont occupés par des cardinaux ou des évêques.

Cela dit, il ne faut pas dresser un tableau complètement caricatural de la situation. Des laïcs sont engagés dans l’Église et depuis bien longtemps : que sont les syndicats chrétiens, les associations d’entraide, d’éducation, de réflexion, de pastorale…? Sur Internet, la cathosphère est elle-même constituée de laïcs catholiques engagés, avides de débat et de porter sur eux une partie de la responsabilité de faire vivre notre Église — comment ne pas citer l’énergie qui habite les joyeux lurons de la Fraternité des Amis de Saint Médard ?

Peut-être tout cela est-il insuffisant. En effet, j’ai l’impression que quoi qu’il arrive, la remarque de départ demeure : les prêtres sont un peu « l’alpha et l’oméga », pour parler comme un profane, du mouvement de l’Église.

Néanmoins, il y a une bonne nouvelle. Sur le site News.va, on apprend que Benoît XVI a lui-même sa petite idée sur le rôle des laïcs dans notre Église. Voici une courte relation de ce qu’il écrivait le 28 août dernier aux participants du forum international de l’Action catholique, réunis à Iaşi en Roumanie :

La coresponsabilité exige un changement de mentalité à l’égard en particulier du rôle des laïcs dans l’Église. […] Benoît XVI souligne la nécessité que soit « consolidé un laïcat mûr et engagé, capable d’apporter sa contribution spécifique à la mission ecclésiale, dans le respect des ministères et des devoirs que chacun a dans la vie de l’Église et toujours en communion cordiale avec les évêques ». Cela signifie qu’en servant l’Église, les laïcs doivent respecter « la fin apostolique dans son intégralité » dans un « équilibre fécond entre Église universelle et Église locale », dans un esprit « d’union intime avec le Successeur de Pierre » et dans le style que Benoît XVI définit de « coresponsabilité active » avec leurs pasteurs. Le rôle des laïcs est d’une importance fondamentale, « en particulier en cette période de l’histoire », souligne le Souverain Pontife, qui doit être interprétée à la lumière du magistère social de l’Église », également « pour être toujours plus une école de mondialisation de la solidarité et de la charité, pour croître, avec toute l’Église, dans la coresponsabilité d’offrir un avenir d’espérance à l’humanité, en ayant le courage également de formuler des propositions exigeantes ». […]

Notons d’emblée que le Pape ne considère pas que toutes les formes d’autonomie voire d’insubordination sont recevables… Mais il mentionne deux points qui sont essentiels (et soulignés par votre serviteur) :

1°) Il reconnaît sans le dire que la situation d’aujourd’hui n’est pas satisfaisante, que le rôle de laïcs est sans doute négligé et qu’ils faut dont opérer un « changement de mentalité » ;

2°) Le rôle des laïcs n’est pas uniquement celui d’une brebis motivée suivant son prêtre de berger : le mot « coresponsabilité » revient à plusieurs reprises et indique que si le magistère demeure entre les mains des prêtres, toutes les initiatives ne doivent manifestement pas être priest-made.

Le plus dur est sans doute moins de faire accepter le principe d’une participation plus active des laïcs à la vie de l’Église que de savoir où se situe la ligne entre ce qui peut faire l’objet d’initiatives libres et ce qui ressort strictement du magistère. La question se pose réellement de savoir ce qui doit, en soi, être dicté par l’Église malgré ce changement de mentalité.

Heureusement, la question ne se résume pas à une lutte d’influence, vraie ou fantasmée, entre les consacrés et les autres. Elle ne se pose d’ailleurs pas en termes de « domaines de compétence » comme c’est le cas, par exemple, pour l’Union européenne. Au contraire, le magistère, la pastorale et l’implication des laïcs devraient, vraisemblablement, être intimement mêlés. L’actuelle « société civile » de l’Église reflète cette nuance : les associations caritatives catholiques remplissent des missions qui sont similaires à celles d’autres organisations mais qui sont teintées et inspirées par la Parole de Jésus. De façon similaire, les blogueurs catholiques font vivre, comme toute la blogosphère, un débat souvent guidé par l’actualité politique mais œuvrent à articuler autant qu’ils le peuvent les questions contemporaines avec les exigences de la foi. Dans ces deux cas, il est évident que les laïcs engagés maintiennent d’étroites relations avec le magistère. Leur liberté provient non d’une émancipation au forceps de la tutelle ecclésiale mais du fait qu’ils opèrent dans des domaines où le débat existe et où l’Église se contente le plus souvent d’énumérer quelques principes généraux inspirés directement par l’Évangile.

S’il faut un « changement de mentalité« , c’est pour rendre un tel engagement plus spontané et, aussi, faire en sorte qu’il soit bien accueilli par les prêtres. L’Église et le Pape sont régulièrement mis au pilori par l’opinion publiée. La coopération des laïcs et du clergé dans l’annonce de l’Évangile est donc essentielle. Il est urgent que le discours religieux maximise ses chances d’être entendu sans caricature, en sachant que nombreux sont les relais de la désinformation et de la calomnie. Confrontés tous les jours à un environnement où la foi s’érode silencieusement, les laïcs connaissent les mots, les conceptions et les préjugés de la société. C’est pour cela que les prêtres doivent les écouter, en particulier la Curie d’où sortent parfois, en privé ou en public, des propos qui scandaliseraient un fervent batracien de baptistère.

On pensera ce que l’on voudra du style de Frigide Barjot, que j’apprécie, personnellement, mais si son air de créature postmoderne toute Muray-ienne peut agacer certains puristes, elle a su désamorcer certains préjugés solides à l’encontre du catholicisme et de Benoît XVI (et ceci, à ma connaissance, sans pervertir l’essence du message). L’implication directe des laïcs permet de combattre l’image exagérée d’une Église hyper-hiérarchique et complètement coupée des tourments du monde. L’objectif, à terme, est que ceux qui ont quitté le christianisme sur la pointe des pieds, ou qui craignent de s’en approcher, se sentent les bienvenus.

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