Du gloubi-boulga en matière de citoyenneté

Sur le Monde.fr, le 26 septembre dernier, le professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Institut d’études politiques de Lyon Bernard Lamizet nous livrait une affligeante apologie du droit de vote des étrangers, pompeusement intitulée « De la signification du droit de vote des étrangers aux élections locales ».

Il est très difficile de formuler une critique structurée d’un tel bazar intellectuel tant pullulent les formules creuses, la langue de bois et les pluriels abusifs. Je ne passerai en revue que quelques points…

D’abord on nous sert l’antienne bien commode qui suppose sans nuance que tous les immigrés sont venus chez nous pour construire nos maisons. « Nous servir », dit l’auteur. Cette dernière allégation qui relève de l’inculture historique et s’inscrit dans les canons du politiquement correct — surprenante pour un universitaire… (Je rigole.)

Ensuite, Lamizet se croit autorisé à infliger à son lecteur une analyse à deux sesterces de la mentalité des opposants à ce « droit ». Évidemment, la xénophobie est partout et ces abrutis s’arc-boutent sur le dernier pouvoir qu’il leur resterait : exclure l’autre. Bien, bien. Il n’est donc pas venu à l’idée de ce professeur que les motivations de la droite pouvaient dépasser la haine pour s’intéresser au bien commun.

Enfin, et l’on aborde là le fond du problème, Lamizet soumet au lecteur une thèse éminemment contestable : la citoyenneté et la nationalité (il dit « naturalité ») devraient être dissociées. En fait, c’est déjà le cas avec les étrangers communautaires. L’idée sous-jacente est que la participation à une société politique ne suppose pas de point commun un tant soit peu réel avec ses concitoyens. Cette lecture a quelque chose de l’empire démocratique : des peuples variés délibérant ensemble. Un boulevard pour ceux qui veulent être citoyens du monde, unis aux autres par leur seule humanité.

Pourtant notre époque semble redécouvrir ce que la science politique pense depuis longtemps (c’était Aristote, je crois), à savoir qu’un certain « sens commun » n’est pas de trop pour former une communauté politique viable. Et cela n’empêche pas, en parallèle, de souscrire à un certain universalisme, c’est-à-dire à postuler que l’ensemble de l’humanité pourrait se retrouver sur un socle de valeurs communes malgré toutes les autres différences. Mais le multi-kulti montre chaque jour les difficultés et les troubles qu’il engendre, et que la logique de la communauté peut bien souvent l’emporter dans le cœur des personnes. Et cela n’a rien de surprenant. Mais, de ce fait, séparer l’exercice du droit de vote de la participation à la communauté culturelle et nationale au sein de laquelle il s’exerce risque d’aboutir à une impasse politique et, concrètement, de nous faire dériver rapidement vers le clientélisme communautariste et de préparer l’arrivée dans notre paysage politiques d’idées étrangères et bizarres.

C’est pour cela que la France n’accueille en son sein que des personnes nées étrangères et « naturalisées » françaises. Ce terme de naturalisation donne des boutons à Bernard Lamizet car ce procédé constitue selon lui un viol de l’identité d’autant plus inutile que désormais « les identités » vont et viennent sous l’effet des migrations, des changements de mentalités et de la mondialisation. Or c’est pour les raisons évoquées plus haut et qui sont aujourd’hui particulièrement valables que la France a choisi un modèle de citoyenneté davantage inspiré de l’Athènes de Périclès que de l’édit de Caracalla (212 ap. J.-C.). D’ailleurs un autre débat émerge, aujourd’hui, pour savoir si réellement la naturalisation fonctionne dans la mesure où la nationalité peut être accordée à des personnes qui n’ont presque rien de français…

Cette logique se retrouve, paradoxalement, dans l’ouverture du droit de vote local aux étrangers ressortissants de l’Union européenne. Car l’existence d’un projet politique commun aux nations du Vieux Continent s’ajoute à un socle partagé sur le plan religieux, intellectuel et politique, bref, culturel.

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