Reste là, riche con !

La plateforme de prêts entre particuliers Prêt d’Union a demandé à l’IFOP de lui fournir une étude sur la perception de la richesse en France (pdf). Les résultats sont, dirait-on, en demi-teinte : un avis assez massif et raisonnable sur notre société qui encourage ou « aime » peu la richesse personnelle alors qu’il n’y a pas de mal, au contraire, à vouloir gagner de l’argent, même beaucoup d’argent, et, en parallèle, des opinions assez curieuses sur le rôle des riches dans la société et l’attitude que devrait avoir le « riche exemplaire. »

Sans surprise, beaucoup de sondés pensent que la richesse est trop mal perçue en France. Les riches, les riches, les riches, beaucoup en ont plein la bouche, comme ils croient que les cuillères en argent étouffent littéralement les nourrissons de Neuilly-sur-Seine et que les dirigeants du CAC 40 se bourrent de caviar au petit déjeuner. Notre bon Président (ci-dessous) figure, à ce titre, en bonne place au tableau d’honneur des (riches) ennemis des riches, seulement doublé par les apparatchiks du Front de Gauche.

C’est étonnant car dans l’ensemble les personnes interrogées ne semblent pas penser qu’il est malsain de devenir riche. A en croire ce sondage, plus de trois Français sur quatre pense que vouloir s’enrichir est une bonne chose…

Peut-être y a-t-il une opinion publique et une opinion publiée ?

Quand on en vient au rôle du gros richard dans la société française, on comprend mieux pourquoi celui-ci, avec son cigare, sa Rolex et les magouilles propres à son milieu, est en fait mal vu.

Premier devoir : payer ses impôts en France. On nous parle tellement d’évasion fiscale (notion amusante quand on y pense, faisant de notre pays une prison) qu’on ne peut que croire que tous ceux qui ont un peu de flouse se barrent fissa en Belgique, en Suisse ou aux îles Caïman.

Second devoir : créer et maintenir des emplois en France. Cela ne saurait tomber mieux à l’heure où les difficultés économiques s’ajoutant aux scléroses de notre appareil productif rendent les délocalisations et les non-localisations beaucoup plus fréquentes (et l’on ne parle pas d’une presse qui n’y comprend rien et insiste avec vigueur sur les plans sociaux sans prêter une grande attention aux créations d’emplois).

Troisième devoir : payer plus d’impôts. Ils ne paient pas assez ces salauds. On se demande en réalité si les riches paieront jamais assez d’impôts. Aujourd’hui il est de bon ton de dénoncer un barème effectif d’imposition dégressif passé un certain seuil, dans la lignée des travaux de Thomas Piketty et al. C’est sans doute justifié pour deux raisons : (1) les niches fiscales qui profitent mécaniquement plus à ceux qui ont beaucoup d’argent ; (2) la nature des revenus des ménages les plus aisés qui viennent de placements (das Kapital) et étaient donc imposés, jusqu’à ce que les socialistes s’en saisissent, à environ 20% + 15% de CSG. Et encore, les conclusions de Piketty sont contestables. Sans doute y a-t-il des améliorations raisonnables à trouver, mais la réponse simpliste qui dit qu’il faut aligner la fiscalité des revenus du capital sur ceux du travail mène surtout à un échange de noms d’oiseaux (eh eh eh !) entre « sales riches » et « sales socialo-communistes. »

Donc il n’y a pas, selon ce sondage, de meilleur rôle pour le riche que mettre sa fortune entre les mains de l’État. Les dons caritatifs et le mécénat ne sont pas essentiels aux yeux des sondés (22% et 17% respectivement). Cette vision est sans doute bien française et consiste à dire que seul l’État est la réponse aux problèmes collectifs. Une situation que déplore à moitié Charles Egly, selon le site du Figaro (à moitié car elle sert de fondement à son projet) :

Les Français n’ont pas forcément compris que les impôts –dans un pays où ils sont déjà parmi les plus élevés de l’OCDE–, n’étaient pas la seule solution, conclut Charles Egly. C’est pourquoi il est impératif de mettre à disposition de la société des outils d’un type nouveau, comme les plateformes de crédit entre particuliers et de financement participatif, afin de réconcilier la “France des riches” et la “France normale”.

Une logique à rebours de l’étatisme ambiant qui vise surtout à resserrer les liens sociaux.

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Photo : couverture du livre d’Eric Brunet, Être riche, un tabou français, Albin Michel, 2007, retouchée avec Pixlr.

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