Les droites ou la droite ?

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Ironie des circonstances : il a fallu que ce soit au moment où la droite cherche désespérément une issue à la désastreuse désunion entre Fillon et Copé que l’Union des démocrates et indépendants menée par Jean-Louis Borloo organise son meeting d’accueil des nouveaux adhérents. Samedi 24 novembre, en début d’après-midi, à la salle de la Mutualité.

Il a aussi fallu qu’un ami, ancien UMP libéral devenu centriste de gauche, m’y emmène. J’y suis donc allé, préparant à l’avance moult piques sarcastiques contre la mollesse centriste pour dissimuler mon désarroi et la fâcheuse impression qui me taraudait que je participais autant au baptême de l’UDI qu’aux funérailles de l’UMP.

Le député-maire de Montereau-Fault-l’Yonne Yves Jégo a lancé la réunion en félicitant « les nouveaux adhérents de l’UM… de l’UDI » (sic). Étaient présent le maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde, le maire de Neuilly Jean-Christophe Fromantin, la sénatrice de Paris Chantal Jouanno et bien d’autres encore que je n’ai pas reconnus. Jean-Louis Borloo est arrivé sans trop de retard. Il a fait un assez bon discours, dans les tonalités centristes, moins tonique et fédérateur que celui que tiendrait un leader de droite.

Assez curieusement, venu plein de fiel et de mauvais esprit, je suis ressorti assez content de ce que je venais d’entendre. Borloo s’en est plus pris au gouvernement socialiste auquel il a reproché d’avoir mis fin aux heures supplémentaires, à l’avantage fiscal pour les services à la personne et à de nombreux projets d’infrastructure notamment. Rappelant son expérience d’élu de terrain à Valenciennes, il a défendu son approche du progrès social : s’intéresser aux personnes au niveau « micro », au lieu de s’en remettre aux macroéconomistes.

Communauté d’esprit

D’où la question, à laquelle je commençais à m’intéresser : quelles différences y a-t-il, au fond, entre la droite et le centre en France ? Les deux tendances ont souvent gouverné ensemble et le centre, hormis quelques transfuges, ne s’est jamais vraiment acoquiné avec la gauche (ainsi que nous le rappellent les débris du Modem). Il est aujourd’hui de nombreux sujets qui réunissent la droite et le centre dans un relatif consensus. En outre, malgré la domination électorale de la droite depuis la création de l’UMP notamment, ce sont les idées centristes qui ont gagné le plus souvent :

1/ Le vieux gaullisme s’est peu à peu converti à l’économie de marché et au libéralisme et si les réflexes colbertistes et bonapartistes sont encore omniprésents, ils se traduisent moins dans les faits. Sarkozy en 2007 était honni par la gauche car « ultralibéral ». De fait le candidat défendait un allègement du poids de l’État tant au niveau fiscal que réglementaire. Aujourd’hui, la droite et le centre s’accordent sur bien des réformes structurelles : réforme du marché du travail, allègement de l’État providence et marche vers un code de commerce et un code général des impôts plus simples et plus favorables à l’activité économique ;

2/ Anciennement souverainiste et d’un européisme très modéré, la droite a admis de plus en plus largement l’importance d’une consolidation des institutions européennes. C’est un gaulliste, Jacques Chirac, qui a soutenu sans succès la Constitution européenne en 2005 mettant tout son poids dans la balance lors du référendum raté. C’est le Président Sarkozy, flanqué d’un Premier ministre opposé, en 1992, au traité de Maastricht, qui a soutenu la ratification du traité de Lisbonne en 2009. C’est lui encore qui, face à la crise de l’euro, s’est rendu à la position allemande d’un fédéralisme budgétaire renforcé avec le TSCG dont la ratification a été laissée à la gauche, faute de réélection en 2012 ;

3/ Sur les questions sociétales, le centre revendique (à raison) la paternité des lois libérales de l’époque giscardienne : majorité à 18 ans, IVG, divorce etc. Des réformes que la droite ne remet plus en cause même si elle reste une force à dominante conservatrice et critique de temps en temps les dérives du libéralisme sociétal. S’agissant de la loi sur le « mariage pour tous », la droite est officiellement contre (malgré la liberté de vote laissée à ses membres) tandis que l’UDI ne prend pas de position officielle sur le sujet : les deux familles peuvent en discuter et, éventuellement, agree to disagree sans que cela ne fasse trop de remous.

Deux cas d’incompréhension mutuelle

Plus problématiques, deux points d’achoppement, du moins en apparence, demeurent :

a/ Le discours social de la droite vise à mettre en valeur les travailleurs et les classes moyennes et à critiquer l’assistanat qui maintient les personnes dans la pauvreté et engraisse quelques profiteurs. Autant dire que cette dureté ne plaît guère au centre qui y voit, par une confusion d’assez mauvaise foi, une guerre ouverte contre les pauvres et les bénéficiaires de l’assistance publique. A rebours, la droite accuse parfois, à tort, les centristes d’ignorer sciemment les problèmes de fraude et l’effet déresponsabilisant de certaines aides. En réalité il n’y a pas de différence majeure puisque la droite ne fait pas la guerre aux pauvres et le centre ne se fait aucune illusion sur les potentiels effets pervers d’un système d’aide aux plus démunis. Le malentendu avait été levé quand Nicolas Sarkozy s’était fait le promoteur d’une idée « de centre-gauche » et soutenue par Martin Hirsch : le RSA. Pour une fois (il faut le dire), la droite proposait un réel programme ciblant les personnes les plus pauvres avec l’objectif affiché de lutter en même temps contre les trappes à pauvreté. La formulation d’une pensée de droite sur le sujet (tentée un peu maladroitement par Laurent Wauquiez) est nécessaire à une nouvelle discussion apaisée avec le centre, quitte à lui piquer quelques idées ;

b/ Et enfin, la question, celle qui fait que tout le monde tourne autour du pot, hésite, tergiverse : l’immigration et l’intégration des étrangers dans la population française. Pour faire simple : le centre critique farouchement la « ligne Buisson » et le grand retour de la frontière dans le discours de la droite en 2012, bref, l’idée que l’on aille chasser l’électeur sur le terrain de chasse de la famille Le Pen. Sans le dire vraiment, la droite est elle persuadée que le centre se boboïse à la vitesse grand V et demandera bientôt SOS Racisme en épousailles. Comme pour le §a, ci-dessus, je suis à peu près convaincu que la division est moins forte qu’il n’y paraît et qu’elle est d’abord visible dans le ton et les mots employés. Il faut voir la position que l’UDF et le RPR adoptaient en 1990 : celle-ci était bien plus à droite qu’aujourd’hui. Les deux tendances sont aussi soucieuses l’une que l’autre de la cohésion de la population française. Il faut croire, néanmoins, que la stratégie de culpabilisation à grande échelle suivie par la gauche avec l’appui des associations de l’idéologie antiraciste, a néanmoins eu un effet sensible sur les réflexes de l’électorat…

Alors, la fameuse typologie des trois droites du regretté René Rémond est-elle aujourd’hui désuète ? Le légitimisme est agonisant : Marine Le Pen a pris soin de l’euthanasier tranquillement pour se conformer davantage à une ligne populiste moderne et post-révolutionnaire. Le bonapartisme et l’orléanisme cohabitent maintenant au sein du centre et de la droite, parfois au cœur des mêmes personnes. Il y a toujours des réflexes bonapartistes : voyez la droite qui ne peut envisager une situation stable sans un chef naturel reconnu. Il y a toujours des façons de faire orléanistes : c’est pour faire vivre un parlementarisme centriste que les ex-UDF ont persisté à avoir leur propre groupe à l’Assemblée et que plusieurs sénateurs émargent à l’Alliance centriste.

Au final, ce qui différencie le plus les différentes tendances du centre et de la droite de gouvernement, c’est une culture politique et un ensemble d’habitudes qui cachent une forte homogénéité idéologique. Il serait bien entendu idiot de dissocier les deux, puisque les idées sont relayées et « incarnées » par le discours. En outre, ces différences visibles font que plusieurs personnes s’estiment légitimes pour représenter la droite, au risque de susciter des divisions exacerbées par les enjeux électoraux. Mais il n’y a pas d’opposition majeure au sein de « la famille » et les analyses concluant à une « fracture politique » à l’UMP relèvent surtout de la méthode coué. Posture compréhensible de la part des rivaux du centre-droit qui savent que, quand celui-ci est solidement uni, il peut faire sauter la banque.

PS : Dans cet article publié sur Causeur.fr, Tefy Andriamanana ne croit pas non vraiment à l’éclatement de la droite.

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