Les idées politiques de l’électorat

Quelle est l'opinion politique de M. et Mme Michu ?

Quelle est l’opinion politique de M. et Mme Michu ?

Le 15 janvier, le baromètre de confiance politique du CEVIPOF a été publié et a, sans nul doute, suscité un plaisir non dissimulé chez ceux qui se sentent globalement de droite.

Cette étude explore l’opinion des électeurs français sur une variété de sujets portant principalement sur la politique, la confiance et les relations sociales. Les chiffres sur la « cohésion » de la société française sont régulièrement mauvais depuis la création de l’étude en 2009. Ces statistiques, ainsi que de nombreuses autres, inspirent une bonne partie de l’analyse de Yann Algan et de Pierre Cahuc sur ce qu’ils appellent la « société de défiance ».

Je m’en tiendrai ici aux idées politiques révélées par la dernière vague de l’étude (décembre 2012) et qui témoignent d’une forte poussée des idées dites « de droite » chez les sondés.

Cette tendance est récente et se constate principalement entre 2011 et 2012, période où, pourtant, les Français élisaient un président socialiste et une majorité parlementaire rose-vert-rouge. Mais cette contradiction apparente n’en est pas une.

Pour analyser plus avant ce phénomène de droitisation, voici un résumé des tendances les plus nettes :

2011 2012 Diff.
Il y a trop d’immigrés en France 60% 65% +5
Soutien au mariage homo 60% 52% -8
Soutien à la peine de mort 35% 45% +10
Donner plus de liberté aux entreprises 41% 53% +12
Prendre aux riches pour donner aux pauvres 73% 53% -20
Réforme profonde du capitalisme 49% 41% -8

Toujours sur Le Monde.fr, Jérôme Fouquet (IFOP) confirme en partie cette droitisation dans des termes assez curieux,  :

Sous l’effet de la crise, du vieillissement de la population et des difficultés accrues de notre modèle d’intégration, la société française se serait durcie et fermée ces dernières années. Différents chiffres, extraits d’enquêtes d’opinion récentes, viennent valider cette hypothèse de manière assez incontestable.

Jacques de Guillebon brocarde sur Causeur cette définition un brin outrageante qui associe la droite avec d’assez mauvais sentiments, comme la fermeture, et l’attribue en particulier au « vieillissement »… En général, l’anarcho-chrétien à crinière suscite chez moi un agacement certain, mais je dois dire que cette définition réductrice de la « droitisation » est assez ridicule. A certains égards, on peut même critiquer cette idée de droitisation et parler davantage de rééquilibrage politique, initié par Nicolas Sarkozy dès 2004 et poursuivant son chemin depuis, avec beaucoup d’incertitude.

Pour Jérôme Fouquet, cependant, la « droitisation » est en demi-teinte. Il en veut pour preuve la persistance des idées de gauche, notamment en matière de politique économique et sociale :

En janvier 2011 par exemple, 75 % des personnes interrogées étaient favorables à l’instauration d’un salaire maximal dans les entreprises privées, en août 2012, 71 % approuvaient le retour partiel à la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler à 18 ans. Sur la question très discutée de la taxation à 75 % des revenus supérieurs à un million d’euros, 60 % de nos compatriotes y étaient favorables au mois de septembre 2012 et, dernier exemple, et non des moindres, au mois de novembre 2012, 59 % des personnes interrogées soutenaient le projet d’une nationalisation temporaire du site sidérurgique de Florange. [Les références ont été enlevées, ndlr.]

Confronté aux chiffres livrés plus haut, ce paragraphe perd immédiatement de sa force : il ne semble pas y avoir d’unité idéologique dans l’électorat français en matière économique. En outre, il est manifeste que l’ambiance politique du moment et la qualité des arguments avancés par les uns et les autres suscitent de grandes fluctuations.

Cette apparente contradiction peut ainsi être résolue, à mon avis, en attribuant ce changement d’humeur à une réaction face aux débuts chaotiques du quinquennat Hollande. Les sorties remarquées d’Arnaüld de Montebourg n’ont pas fait beaucoup d’émules : d’une certaine façon, l’opinion s’est rangée du côté des patrons et des entrepreneurs aux prises avec un gouvernement de fonctionnaires donnant des leçons de bonne gestion et de clairvoyance (Peugeot, Pigeons, ArcelorMittal…). La rigueur par l’impôt orchestrée par Jérôme Cahuzac a, naturellement, frappé bien au-delà des 10% des plus riches de ce pays, notamment lorsque les heures supplémentaires ont été refiscalisées, rappelant brutalement à l’électorat que les socialistes sont gloutons en matière d’impôts… vraiment gloutons.

L’atmosphère politique n’affecte pas uniquement les opinions économiques. Les « valeurs d’ordre » ont également été poussées à la hausse par le gouvernement socialiste. Celui-ci n’a sans doute pas été élu pour ses propositions en matière pénale, migratoire ou sociétale (n’en déplaise à ceux qui pensent que la proposition 31 du programme de Hollande a fait l’objet d’un plébiscite massif en mai dernier). La popularité de Manuel Valls ne durera pas longtemps s’il doit assumer ses positions sur la naturalisation par exemple. S’agissant du « mariage pour tous » et de l’adoption par les couples de même sexe, il semble que la vigueur du débat ait rééquilibré les choses. Lorsque ce sujet n’était pas à l’ordre du jour, seule s’exprimait une vulgate médiatique massivement favorable. L’introduction du projet de loi a permis d’y apporter la contradiction et a manifestement orienté l’électorat vers une position ouverte mais modérée (cf. les derniers sondages montant un soutien pour l’union mais une opposition majoritaire à l’adoption).

Si droitisation il y a, il peut donc être instructif de l’envisager sous deux angles. D’abord, celui du « rééquilibrage » qui fait revenir la droite républicaine sur des terrains plus classiques et plus conservateurs après de longues années de frilosité. Qu’elle le fasse avec outrance ou avec timidité est un autre débat. Ce faisant, elle suit et alimente tout à la fois une tendance nette de l’électorat. Ensuite, on peut considérer ce mouvement selon la « qualité des propositions politiques » en présence : en l’absence d’appartenance idéologique clairement définie, l’électorat accorde sa confiance aux solutions qui paraissent crédibles, sans souci particulier d’unité. Les errements de la gouvernance socialiste ont fortement déçu et les propositions de la droite semblent aujourd’hui plus crédibles. C’est une prouesse dont l’UMP peut être fière, compte tenu de son silence affligeant depuis mai dernier pour cause de bagarre interne.

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